
Florence Rérolle, 52 ans, vit et travaille entre Lyon et la Drôme.
Après une formation initiale aux États-Unis en 1990, elle partage son activité entre plusieurs ateliers lyonnais et parisiens, portraits, modèles vivants et sur le motif, tout en animant des cours de peinture.
Depuis 2017, elle parcourt la France avec son chevalet (Bretagne, Midi, montagne, campagne…). Quand il n’y a plus assez de lumière à l’extérieur, elle peint des scènes d’intérieur, toujours sur le motif, et en s’attachant particulièrement à traduire l’intimité des lieux.
Elle a été exposée au Salon de Lyon et du Sud-Est, au Salon de la Marine, et a organisé sept expositions solo ces six dernières années, à Paris, à Lyon, et dans la Drôme.
Est présentée en permanence à la Galerie Jean-Louis Mandon à Lyon.
« Les îles de Lérins » par Florence Rérolle édité par Isidore Leroy en 2025.
« La fabrique de parfum » acquisition par le musée Fragonard en 2024.


Il y a des invitations au voyage qui ne se refusent pas.
Celle-ci s’écrit entre déambulation et contemplation, aux allures de douce tension entre ce qui demeure et ce qui passe.
Depuis l’horizon d’une mer retirée, d’une frondaison, d’une porte entrouverte ou d’une hauteur enneigée … l’appel annonce un moment suspendu. Autant de motifs, autant de passages. Autant de sensations retenues dans l’instant du geste.
Par l’échancrure ouverte sur le monde — entre deux pins, entre deux murs — la peinture opère dans une forme d’urgence. Elle cueille les variations de ce qui passe : une lumière, un souffle, une ombre, une saison. Sous le pinceau, les impressions fugitives prennent corps. Elles deviennent traces d’une expérience, au-delà du lieu, tout en ouvrant l’espace partagé de la durée. Dans la simplicité de ce qui s’offre.
Il suffit alors de laisser l’œil se perdre et rebondir. Ainsi se dessine un itinéraire perceptif. Il nous entraine du Midi à la Bretagne en passant par la Drôme et ne délaisse ni les hauts plis alpins ni les intérieurs de demeures chaleureuses.
Se rejouent alors l’instant, les lieux et le silence dans une certaine harmonie du monde.
Cette dynamique tient place de cohérence à l’œuvre qui devient à son tour espace à arpenter pour mieux l’habiter.
L’hospitalité du paysage voisine avec l’intimité des intérieurs. L’artiste y déplace son attention sans rompre avec son engagement sur le motif. Par cette vision incarnée, elle moissonne les éclats multiples des alentours — nouveaux ou familiers — et nous les restitue.
Ici, la figure de l’arbre se déplie et émerge en imposant son rythme vertical. Elle redresse avec elle jusqu’au format emprunté au portrait. Les pins découpés sur l’azur ou les troncs bordant les allées ne scandent plus seulement l’espace : ils en deviennent la sève vivifiante.
Là, le pinceau étire l’horizon au rythme des marées et dompte les éclaircies. Il faut saisir l’instant. Saisir vite, saisir juste. Entre terre, mer et ciel, les bateaux reposent ou tracent. Proche et lointain se répondent. Les lignes se déploient et se découvrent en une géographie sensible et silencieuse.
Et quand il est l’heure de rentrer, l’œil retrouve son équilibre dans l’axe d’une porte ou d’une fenêtre. Les objets dessinent en creux la présence des habitants du lieu.
Le seuil spatial — joué par la porosité de l’ici et de l’ailleurs, de l’intérieur et de l’extérieur — devient alors temporel. Nous sommes suspendus entre la mémoire du lieu et l’attente de la venue de celui qui entrera, peut-être. S’ouvre alors la faille du présent pour celui qui regarde. Installés dans cet espace liminaire nous devenons attentifs à la vibration de chaque touche, guidés par la figure essentielle de la lumière. C’est elle qui habite, traverse, reflète ou sculpte. Elle glisse sur le sol, lèche le dossier d’un fauteuil, ou se cache dans l’ombre qui guette. Rien n’est fixé. Tout prend vie. Nous sommes chaleureusement introduits. Mais l’invitation reste subtile et nous pouvons à tout moment quitter la pièce pour d’autres promenades.
Alors, peut-être arpenterons-nous les paysages à nouveaux frais. Comme si le passage par les intérieurs ouvrait encore un peu la voie de la contemplation — en un lieu à habiter —juste le temps de se laisser traverser.
OPHELIE WIBAUX.